Lundi 19 mai, il a fait beau. Parfois quelques nuages, mais une belle chaleur, presque digne d'un mois de mai. Et puis vers 15h, une pluie torentielle, comme on n'en avait jamais vu ici. Le sol inondé, des éclairs, le tonnere, moi trempée qui rentre en courant a la maison. Pas le temps de retirer mes chaussures dégoulinantes, je me précipite sur le balcon pour voir si tu vas bien, sous cet orage apocalyptique. Oui, tu vas bien, en fait maintenant tout ira bien pour toi. Ton petit corps est étendu sur le balcon, sous la pluie. On pourrai croire que tu dors. Je m'approche, les gouttes tombent sur mes cheveux, dégoulinent le long de mon visage. Ton petit ventre ne remue plus au rythme de tes respirations. C'est fini. Ma tête est vide. Ma seule obsession : protéger ton petit corps de la pluie, je cours, je farfouille pour enfin trouver un sac a ta taille, je le met sur toi, combattant l'évidence : tu ne te releveras plus jamais. Je rentre, pas le temps de penser a moi, toujours trempée jusqu'aux os, j'appelle ma maman, je dois lui annoncer cette vérité inaliénable. Je lui dis que j'attendrais son retour pour te déplacer, en attendant, je ne peux pas te toucher, je n'y arriverai pas. Je raccroche. Je m'effondre, les larmes coulent et je ne peux pas les retenir, je ne cherche pas a les retenir. Tu n'es qu'un chat. Mais tu étais plus que ça pour moi. La douleur est trop forte. Je vais régulierement vérifier que tu es a l'abris de la pluie. Je suis toute seule, en attendant le retour de tout le monde, il faut s'occuper. Je scotche devant la télé pour ne plus penser. Je prépare a manger, tel un zombie, mes gestes sont des automatismes.
Retour de tout le monde, on mange, je suis loin, je n'entends pas vraiment les paroles qui passent autour de moi.
Il va falloir t'enterrer [...] Nous allons dans un petit coin tranquille, un petit coin de nature tels que tu les aimes. [...] Te voila dans ta derniere demeure, ta petite tombe que l'on a creusée pour toi, on met des petites pierres dessus pour la reconnaitre lorsque nous reviendrons te voir. C'est tellement iréaliste, il est temps de te dire au revoir, je ne peux pas croire que c'est terminé, notre histoire s'arrete ici. Je te dis au revoir mais je n'y crois pas, je ne peux pas me faire à l'idée. Comme dans les films de Walt Diney, il pleut, et les gouttes tombent des feuilles en faisant un petit bruit gracieux.
On rentre, je suis tellement vide. Nous repartons sans toi. Je te cherche. Et l'évidence me frappe telle une giffle : tu ne reviendras plus, tu ne m'attendras plus jamais en bas de l'immeuble pour que je te fasse rentrer, tu ne miauleras plus jamais avec ta ptite voie rauque, tu ne ronronneras plus, tu ne baveras plus de bonheur, tu ne réclameras plus jamais tes croquettes. Mais plus encore, tu ne seras plus jamais là pour moi, quand j'étais triste et que je te caressais, je sais que tu prenais ma tristesse, quand j'étais en colere, tu prenais ma colere, et je sais que tu nous aimais. Tu nous rendais si bien l'amour qu'on te donnais. Ma ptite Kali.
Je crois que ce serait te rendre hommage que de raconter à tous mes lecteurs les meilleurs moments de notre vie a toutes les deux.
La premiere fois que je t'ai vue, chez mon oncle, je te trouvais si jolie et si marrante, et mes parents m'ont annoncé que tu étais a moi ! Qu'elle joie, j'avais une ptite Kali !!!
Et puis tres vite nous avons vu a quel point tu était parfaite : calme, robuste, discrete, affectueuse.
Saclay, quand tu étais tout le temps fourrée dans le jardin, quand tu te calais tout en haut de la balançoire, ou encore quand tu te coinçais dans l'arbre devant chez nous et qu'il fallait t'encourager pour descendre !
Et puis le déménagement, j'ai bien cru que j'allais te perdre ! Tu t'es enfuie et les voisins ont pris soin de toi, je suis revenue te chercher 4 mois plus tards, et tu es revenue comme si de rien n'était, toujours aussi à l'aise avec nous. Quel bonheur de savoir que tu était là de nouveau !
Dans la cave de la maison du sud, où tu adorais te caler mais où tu avais tellement peur, comme si quelque chose n'allait pas dans cette cave. Des que je remontais, tu remontais avec moi car tu avais peur d'y rester toute seule. Je rigolais beaucoup quand tu rentrait dans la cave et que je m'amusais a te faire sursauter !
Et puis l'appartement, certainement là où tu as été le mieux, paisible, à flaner sur le balcon, ou bien a te caler au milieu du couloir pour qu'on oublie pas de te donner à manger. [...] Et ce jeudi 15 mai, losque nous avons su que tes jours étaient comptés. Comment réaliser que dans quelques jours tu ne serais plus là ? Alors on te gate, on fait en sorte que tes derniers jours soient parfaits. J'essaye encore de te donner à manger, de te faire boire, mais tu ne veux plus rien. Tu as a peine la force de ronronner lorsqu'on te caresse.
Et puis tu es partie. Paisiblement, comme tu as toujours vécu.
De là où tu es maintenant, ton paradis des chats, rempli de croquettes, de potes, de douceur, de bonheur, s'il te plait, veilles sur ta petite soeur Chamallow, fais en sorte qu'il ne lui arrive rien.
Trois jours sont passés depuis que tu es partie, petit a petit, l'idée s'installe en moi, et je l'accepte.
Bye ma ptite Kali, ma ptite poiloune, ma ptite poilasse, ma ptite chérie.